Transcription des sténogrammes après chaque passage sténographié.
Le portillon n'est pas équipé d'un interphone, les visiteurs peuvent seulement se signaler avec une cloche. Plein d'espoir, Francis la fait tinter, et attend…Une porte s'ouvre. Miracle de Noël ! Un homme d’une cinquantaine d’années s’approche du portillon, il lance joyeusement « Bonsoir. C’est vous le livreur de la pâtisserie pour les bûches ? » mais détaillant de près l’aspect de Francis, il se rembrunit « C’est à quel sujet ? » « Je me suis perdu. Avec la neige, je ne reconnais plus rien. » La voix est éraillée comme celle d’un vieil homme. Francis regarde ses mains, elles sont décharnées, fripées, parsemées de tâches… « Je vois » répond son vis-à-vis « Vous venez de la maison de retraite des Genêts d’or. Vous avez fait une sacrée trotte ! Par un temps pareil, c’est pas raisonnable. » Il continue sans se laisser interrompre « Mais vous n'êtes pas le premier à vous échapper de votre prison dorée. Paraît que le personnel là-bas vous traite comme des gosses, que les récalcitrants sont isolés… Entrez donc vous réchauffer, c’est Noël ce soir. Mais demain, je vous ramène à l’EHPAD. » Il est surpris de ne pas entendre le vieux monsieur protester qu’il ne veut surtout pas y retourner.
Il est même gêné par le regard ébloui que Francis pose sur lui. « Ne rêvez pas, je ne suis pas le père Noël. Je n'ai qu'une soirée au chaud à vous offrir. » Mais Francis continue de le dévisager avec émerveillement. Il a reconnu le grain de beauté si caractéristique qui s’est développé dès la petite enfance sur la pointe du nez de son fils. Il y a aussi cette ressemblance avec l’oncle maternel. Oui, Francis est ébloui, émerveillé, transporté…Il est face à son fils Loïc ! Il voudrait chanter une ode à l’étoile filante qui a réalisé son vœu. Sans plus se retenir, il serre dans ses bras ce fils retrouvé. Loïc se dégage. Il ne cherche pas l’affection d’un papy évadé d’une maison de retraite. Il fait juste acte de charité pour ce soir de Noël en hébergeant un homme perdu dans une tempête de neige. "Un simple merci suffira » dit-il pour éloigner encore le vieil homme. Francis est peiné de ne pas être reconnu, mais il peut le comprendre, son fils n’avait que deux ans quand ils se sont perdus de vue. « Loïc, je suis ton père. J’ai usé tant de forces à te chercher. Quelle formidable joie de nous retrouver après tant d’années. Nous avons beaucoup à rattraper ensemble. » À suivre prochainement dans de nouveaux paragraphes.

