Sur une bêtise de Balthazar - épisode 2

  Transcription des sténogrammes après chaque passage sténographié.

Une semaine passe. Gauvain se présente à nouveau chez Johanna. Mais une femme de l'âge de sa grand-tante apparaît à la porte. « Que me vaut votre visite jeune homme ? » « J'ai rendez-vous avec Johanna Crozier » « Tiens donc, je ne savais pas que j’hébergeais une Johanna. Je crains que vous vous trompiez. » « Non, je ne me trompe pas. Je reconnais le patchwork du couloir. Je suis bien venu ici lundi passé, une femme d’une trentaine d’années m’a fait entrer. » « J’étais absente la semaine passée et je ne vois pas qui…Attendez, peut-être que…A quoi ressemblait cette jeune femme ? » « Il me semble qu’elle était blonde ou…J’ai surtout remarqué qu’elle avait un double menton parce qu’il est surprenant d’en voir chez quelqu’un d’aussi mince qu’elle. » « Ça alors, c’est ma voisine du dessus. Comment a-t-elle pu oser ? Elle vous aurait reçu chez moi ? Quel toupet ! Suivez-moi, on monte chez elle. Je l’ai entendu rentrer tout-à-l’heure. » C'est effectivement Johanna qui leur ouvre la porte de l’appartement du dessus. Sous la sonnette, Gauvain lit ‘Lola Desmur’. Il essaie de comprendre. Pour la vieille dame, tout est clair, Lola a abusé de sa confiance. 
« Mademoiselle, vous me décevez beaucoup. Jamais je n'aurais imaginé que vous vous permettiez de recevoir chez moi vos petits-amis, en usurpant mon nom de famille en plus. Puis-je vous rappeler que je vous confie ma clé pour arroser les plantes quand je m’absente, pas pour des rendez-vous galants dans mon appartement. » Gêné par l’interprétation que madame Crozier fait de sa première visite, Gauvain précise « Je ne suis pas venu voir mademoiselle en tant que petit-ami. Nous nous sommes contactés suite à une annonce où je cherche une personne expérimentée pour réaliser un modèle très précis de patchwork. Elle m’a reçu lundi passé pour prendre commande de cet ouvrage et aujourd’hui, je viens voir si elle l’a terminé. » Lola lui balance alors avec aplomb « Monsieur, vous êtes une crapule. L’autre jour vous vouliez vous introduire de force chez ma voisine. Comment avez-vous l’audace de réessayer ? » puis se tournant vers madame Crozier « Il voulait dérober des patchworks. C’était évident tellement il regardait avec avidité celui de votre entrée. Je lui ai fermé la porte au nez. Il ne faut surtout pas laisser entrer ce type d’individu chez vous.»  À suivre prochainement dans de nouveaux paragraphes 
Madame Crozier sourit à nouveau, rassurée sur la probité de sa jeune voisine dont elle n’avait jamais douté jusqu'ici. Forte de ce soutien, Lola menace à présent d’appeler la police si Gauvain ne déguerpit pas dans l’instant. Il est suffoqué d’indignation. Être traité de voleur par une femme qui lui a soutiré malhonnêtement cinq cent euros, c’est un comble ! Il essaie de s’expliquer auprès de madame Crozier mais sous le coup de la colère, ses paroles sont trop véhémentes et ne font que confirmer pour la vieille dame les accusations de Lola contre lui. La voilà maintenant qui se saisit de son téléphone. Ha non, se dit Gauvain, il ne faut pas que la police se mêle de l’affaire. Si la grand-tante l’apprend, ce sera pire que le pipi de chat sur la housse de coussin en patchwork. Il se force à redescendre les escaliers. Madame Crozier le poursuit de ses invectives « Crapule, voleur, profiteur, ne revenez plus jamais ici ! » Quant à Lola, elle le regarde disparaître, un éclat de triomphe dans les yeux. Elle a trouvé son pigeon, celui qui va lui fournir l’argent qui lui manque encore pour l’opération esthétique qui la délivrera, elle l’espère, de son double-menton.
Dans les jours qui suivent, Gauvain s’irrite pour un rien et Nelly se demande d'où lui vient ce changement d'humeur. Un soir, elle l’entend s'emporter au téléphone. « Non, je ne marche pas. Vous m’avez déjà extorqué cinq cent euros, n’en espérez pas plus…Non, non et non, je ne marche pas dans votre chantage. Combien de fois faudra-t-il que je vous le répète ? » Dans son énervement, il envoie balader le téléphone. Il croit l’avoir lancé en direction du canapé mais le téléphone heurte la dure surface en verre de la table basse. Quand Gauvain le récupère avec une grande fente sur l’écran, le juron qu’il lâche est si inhabituellement grossier de sa part que Nelly se permet de venir lui demander si tout va bien. « J’en peux plus de cette Lola. Je vais finir par retourner chez elle pour l’étrangler et ce n’est pas son double-menton qui m’en empêchera. » « Lola, une ex ? » « Mais non, la patcheuse » « Elle s’appelle Johanna si je me souviens bien, pas Lola » « Si, elle a donné une fausse identité en répondant à l’annonce. » Et là, il se laisse aller à tout raconter de ses démêlées avec Lola même si, peu fier de s’être fait rouler une première fois, il ne voulait rien dire à Nelly. 
Nelly est atterrée d’apprendre qu’après avoir soutiré cinq cent euros à Gauvain, Lola en réclame maintenant trois mille et menace, si la somme ne lui est pas versée avant la fin du mois, de voler les patchworks de sa voisine et de dénoncer Gauvain à la police pour ce vol. Le jeune homme est très perturbé. « Elle s’acharne tellement sur moi qu’une nuit, je l’ai rêvée en énorme crapaud et moi en pauvre grillon qu’elle essayait de gober. On est tombé sur une vraie tarée. » « Ne te laisse pas impressionner, ses menaces n’ont aucun sens. » soutient Nelly « Elle se fera prendre à son propre piège si la police enquête sur le vol des patchworks. » Gauvain est d’accord et il ne paiera pas les trois milles euros, il le promet à Nelly. Mais il est inquiet en permanence. A chaque appel téléphonique inattendu, il craint que ce ne soit la police. Voilà deux jours qu’il ne répond pas aux appels répétés d’un numéro inconnu. Aujourd’hui, ce numéro appelle sur le téléphone fixe. C’est Nelly qui décroche. Madame Crozier se présente et demande à parler à Gauvain. Il prend le combiné à contrecœur, il s’attend trop à ce qu’elle l’accuse d’avoir volé ses patchworks et le couvre de violentes invectives.
Mais madame Crozier surprend totalement Gauvain en lui déclarant « L'autre jour, je vous ai injustement traité de crapule et je voudrais vous présenter mes excuses. Accepteriez-vous de partager un thé et de petits gâteaux chez moi samedi prochain ? » Ce revirement inopiné redonne tout son entrain à Gauvain. Il accepte l’invitation sans hésitation. « Ma petite amie peut-elle venir elle aussi ? » « Elle sera la bienvenue, tout autant que vous. »
Lorsque le samedi Madame Crozier reçoit Nelly et Gauvain, elle leur explique sans détour qu’elle s’est fait berner par sa voisine Lola. "Elle a réussi à me faire croire que vous vouliez dérober mes patchworks. Je ne me doutais pas de son degré de roublardise. Je lui remettais mes clés en toute confiance pendant mes absences. J’étais trop confiante. Cette semaine, en rentrant plus tôt que prévu d’un séjour chez ma sœur, je l’ai surprise toute rougissante avec un grand sac d’où dépassait un patchwork, et j’ai vu que l’ensemble de mes autres patchworks avaient été décrochés des murs. C’est elle la crapule, pas vous. » Suite à l'épisode trois