(Transcription des sténogrammes après chaque passage sténographié)
Mais Estelle tient à s’acquitter de sa dette au plus tôt. Elle s’absente tout l’après-midi pour se rendre en train chez ses parents qui, en plus de lui remettre le double des clés de son appartement, pourront lui avancer de l’argent jusqu’à ce qu’elle reçoive sa nouvelle carte bancaire. En rentrant de sa pause de midi, Ophélie se retrouve donc seule avec Brice. Elle ne s’attend pas à ce qu’il en profite pour mieux discuter avec elle, tout au long de l’année il montre bien assez que ses deux collègues l’exaspèrent. En milieu d’après-midi cependant, Brice fait pivoter sa chaise du côté d’Ophélie et demande « Sais-tu où je pourrais trouver une agrafeuse dans ce bureau ? » L’anachronisme de la demande à une époque où leurs documents de travail sont dématérialisés et ne nécessitent plus d’agrafeuse la fait sourire, elle se retient cependant de préciser pourquoi. Brice, perpétuellement sur la défensive face à ses collègues, n’en sourirait pas de même. Laconique elle répond « On devrait en trouver une dans le fond de l’armoire » et se lève pour aller voir. En remuant ramettes de papier et cartons en tout genre, elle aperçoit … un sac à main.
« Je ne vois aucune agrafeuse mais j'ai fait une belle trouvaille…le sac d'Estelle. » Ophélie brandit triomphalement sa découverte. Brice secoue la tête négativement « Tu te trompes, Estelle n’avait pas ce sac hier. Le sien était plus large et avec des espèces de breloques accrochées à la anse » « Il me semble pourtant bien le reconnaître » « Non, ce n’est pas celui qu’elle avait hier. Tu devrais remettre celui-ci dans l’armoire » Pourquoi saurait-il mieux qu’elle avec quel sac Estelle s’est présentée à son travail ? Il lève à peine les yeux vers ses collègues quand elles le saluent le matin. Ne serait-ce pas lui le voleur du sac et lui qui l’aurait caché dans l'armoire en attendant de partir avec sans se faire remarquer ? Ophélie le regarde maintenant d’un air suspicieux « Vérifie donc le contenu si tu ne me crois pas » propose-t-il sûr de lui. Malgré sa réticence à fouiller dans les affaires personnelles de son amie, Ophélie ouvre le sac. Elle n’en sort aucun papier d’identité mais un paquet de mouchoirs, des lunettes de soleil, une petite bouteille…qu’elle lâche précipitamment « Qu’est-ce qu’elle a cette bouteille ? » s’étonne Brice « C’est de la citronnelle ! »
Ophélie est très allergique à la citronnelle. Tous ses collègues le savent bien depuis qu’elle a fait un scandale à la femme de ménage qui tenait à en vaporiser dans les bureaux pour chasser les moustiques, d’où la déduction de Brice « Ce n’est donc pas le sac d’Estelle. Pourquoi y aurait-elle mis de la citronnelle alors qu’elle ne peut s’en servir en ta présence ? » Ophélie hausse les épaules devant le peu de poids de l’argument « Nous ne sommes pas ensemble du matin au soir » et se remet à explorer les recoins du sac, certaine d’en sortir la pochette contenant les photos de famille qu’Estelle aime garder en permanence tout près d’elle et…finit par la trouver. Elle montre les photos à son collègue « Tu ne peux plus dire maintenant que ce sac ne lui appartient pas. » Brice reste un moment dubitatif avant de concéder « J’ai dû confondre le sac à breloques de Martha avec celui d’Estelle. » Remarque tout-à-fait plausible vu le peu d’intérêt qu’il porte à ses collègues. « Mais alors » poursuit-il « comment se fait-il que le voleur l’ait caché dans l’armoire au lieu de l’emporter pour le piller plus tranquillement chez lui ? » Ophélie le regarde fixement en croisant les bras.
« Tu connais parfaitement la réponse » lui envoie-t-elle mentalement. Brice capte très bien le message. Il se récrie « Je n'y suis pour rien dans cette affaire de sac. Tu devrais plutôt réfléchir à ceci : hier après-midi en revenant de ma pause cigarette, j’ai vu Estelle refermer vivement la porte de l’armoire. Elle a failli s’y pincer les doigts. Il se pourrait bien que ce soit elle qui ait caché son sac. » Le lendemain, Brice est d’humeur enjouée pour aller travailler. C’est si rare que dans les couloirs les autres employés le reconnaissent à peine avec le sourire qui remplace son habituelle mine rébarbative. Quand il entre dans le bureau où il voisine avec Estelle et Ophélie, elles ne sont pas encore arrivées et il espère bien ne pas les voir ensemble de la journée. La veille au soir, il a téléphoné à Estelle « Ophélie a retrouvé ton sac mais, et c’est la raison pour laquelle je t’appelle, elle ne veut pas te le rendre. Elle y a découvert de l’extrait de citronnelle et pense que tu as voulu lui nuire en versant de cet extrait dans ses flacons de bain moussant. J’ai eu beau te défendre, elle ne veut rien entendre. C’est pas une copine que tu as, c’est une garce. » Suite à l'épisode trois



