Une choucroute en cadeau - épisode un

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Transcription des sténogrammes après chaque passage sténographié.


Ce matin, comme tous les matins à l'aube, Maurice Grübel a fait le tour de ses vignes mais ce matin, contrairement aux autres matins, il est rentré avec une humeur massacrante. Il n’a accordé aucun sourire à sa voisine qui lui apporte le journal dont ils se partagent la lecture. Il s’est enfermé dans sa cuisine et devant son bol de café, il tourne nerveusement les pages, passant d’un titre à l’autre sans y prêter attention. Ses pensées restent focalisées sur la cabane de branchages qu’il a démoli entre deux rangées de ses vignes lors de sa promenade matinale. Un ballon et des vêtements d’enfants étaient entreposés dedans. Maurice s’y attendait, il savait qu’il allait avoir des ennuis avec la smala qui a emménagé au printemps dans la maison restée longtemps inoccupée au bout du hameau. Une famille de citadins, il l’a immédiatement repéré, sûrement des gens de l’intérieur comme on dit ici en Alsace, des envahisseurs sans respect pour les vieilles gens qui sont nés et ont toujours vécu au hameau. Maurice, qui dépasse les quatre-vingt ans, ne sent pas les années s’accumuler mais il se doute bien que ses tout récents voisins le voient autrement.
Déjà dans ses vêtements, Maurice se différencie des nouveaux arrivants. Eux portent shorts, débardeurs et claquettes dès les beaux jours. Lui reste en toutes saisons avec ses pantalons basiques et ses larges chemises, il ne se soucie pas d’avoir bonne mine au soleil. Il lui importe plus d’aller trinquer avec ses copains et, pour s’en remettre, de parcourir la campagne avec ses chiens, tirant à l’occasion sur quelques lièvres ou autres petits gibiers, heureux d’en garnir ensuite son congélateur. Car il déteste faire les courses, obligatoirement au supermarché depuis que les petits commerces des villages environnants ont fermé les uns après les autres. Se mêler à la foule d’une grande surface commerciale le tourneboule. Trop bien calé dans ses habitudes d’homme de la terre, il comprend mal le comportement de ceux qui mènent une autre vie. Que la marmaille de ces gens prennent ses vignes pour un terrain de jeux, piétinent ses précieuses terres, il en a la rage au cœur. Il serait prêt à prendre sa carabine et se mettre en embuscade pour en dégommer un. Il sait cependant qu’il faut agir plus civilement et c’est ce qu’il rumine sous son air maussade.
Lorsque après sa pause café Maurice retourne dans les champs, sa voisine Odile l’interpelle au passage « Qu’est-ce qui ne va pas Maurice ? Tu m'as à peine saluée ce matin. » Elle le connaît trop bien pour ne pas s’apercevoir qu’il se tracasse. Il grommelle  « C’est les nouveaux voisins, ils savent pas tenir leurs gamins. Ils sont venus jouer dans mes vignes. Si j’en chopé un… » « Allons, allons Maurice, sois conciliant. Ils sont pas méchants, faut juste leur dire de s’amuser ailleurs. » Maurice fait la moue, il ne se sent pas la patience d’aller leur parler. Odile, qui le devine, propose « J’irai voir les parents aujourd’hui et tout va s’arranger. Tu peux partir travailler tranquille. » Maurice grommelle encore. Pourquoi faut-il qu’Odile se mêle de ses affaires ? Parfois il regrette de s’être trop rapproché de cette voisine, sans pouvoir toutefois s’en passer, c’est sa seule amie féminine. Sans rien dire, il enfonce sa casquette et tourne le dos à Odile. Il a plus important à faire qu’à discuter avec elle, et puis ils vont encore se voir demain et pour un long moment. C’est le jour où elle vient lui faire un peu de ménage et partager son repas de midi.

« Ho, la belle choucroute que voilà ! » s'exclame Odile en ouvrant le réfrigérateur. Après son tour de ménage du vendredi dans la maison de Maurice, elle s'apprête à préparer le repas. C’est elle qui se charge de cuisiner, ce qui arrange parfaitement Maurice. « Pour ce midi, la choucroute est réquisitionnée » décide Odile. Maurice n’est pas d’accord. En bon alsacien, il adore la choucroute mais celle-ci, il ne veut pas y toucher. Elle vient de lui être offerte par la famille voisine pour s’excuser, suite à l’intervention d’Odile, des dégâts qu’auraient causés leurs enfants dans les vignes. Maurice est méfiant vis-à-vis de ces gens qui ne sont pas de son bord. Qui sait s’ils ne cherchent pas à l’intoxiquer. Odile essaie de le raisonner « Comment peux-tu imaginer une chose pareille. Ils ne te veulent aucun mal. Même s’ils te trouvent un peu bourru, ils ont de la sympathie pour toi. Ils me l’ont assuré.» Mais Maurice s'entête « Je ne crois pas à leur sympathie, ils me regardent toujours d’un drôle d’air chaque fois que je les rencontre. Leur choucroute ne me met absolument pas en appétit. Tu la mangeras toute seule si elle te tente, moi je me prépare une omelette au lard. »      Suite à  l'épisode deux