Transcription des sténogrammes après chaque passage sténographié.
Après quelques instants de pause à se demander s'il ne délire pas, Eliot reprend sa marche. La musique devient plus nette. Il la localise à gauche du chemin où bientôt il aperçoit un sentier bien dégagé entre les fougères. Il s’y engage et devant lui, à quelques centaines de mètres plus loin, apparaît un cabanon. C’est de là qu’il entend à présent distinctement violons, flûtes et hautbois dérouler les notes de la danse de Brahms. Mais à mesure qu’il approche, la musique faiblit. Il n’entend plus rien aux abords du cabanon. Il pousse la porte. L’intérieur est étonnamment plus vaste que l’espace occupé par les murs extérieurs. Plus étonnant encore, il se présente sous l’aspect d’un salon avec fauteuils en velours, bibliothèque et... Eliot est en plein rêve… le piano de son enfance, mais sans sa patine et ses rayures. Le couvercle est soulevé. Ébloui par son piano rajeuni, Eliot s’installe devant le clavier et improvise une mélodie. Les notes l’enchantent … jusqu’à ce que tout à coup, il se fige. Quelqu’un a toussoté dans le fond de la pièce. Une chevelure luisante dépasse du dossier de l’un des fauteuils. « Pourquoi t’arrêtes-tu Eliot ? C’était bien mené. »
Elle n'obtiendra rien de plus pour Eliot qui multiplie les crises, non d’hallucinations mais de rébellion contre son internement. Le personnel soignant l'épargne cependant en ne lui administrant pas systématiquement de tranquillisants. Pour le calmer, on le coiffe d'un casque relié à son clavier et il apaise sa rage dans la musique. L’équipe thérapeutique passe en ce moment en revue les dossiers des patients. Rémy, un jeune stagiaire en médecine, se décide à enfin exprimer son avis sur Eliot Leblanc « Ce monsieur n’est pas à sa place ici. Le diagnostic de schizophrénie a été abusivement posé. Ses écarts de comportement ne relèvent que de perturbations mineures ne nécessitant pas le long traitement qu’on veut lui faire suivre. Il ne prend d’ailleurs aucun des médicaments prescrits, il s’en débarrasse dans les toilettes. Je l’ai surpris un jour en train de les vomir. Le maintenir à l’hôpital ne l’avance en rien. » Rémy crée la surprise, il n’avait jusque-là pas exprimé d’avis divergent, ce qui est la norme pour un stagiaire. Le professeur Desjoyaux, en chef d’équipe, choisit de ne pas s’arrêter aux observations de Rémy et signe le maintien de l’internement. Suite à l'épisode trois accessible avec ce lien



