Sur une bêtise de Balthazar - épisode 1

  Transcription des sténogrammes après chaque passage sténographié.

Dans la chaleur de cet après-midi d’été, Gauvain et Nelly entrent avec bonheur dans la pénombre fraîche de la maison de la grand-tante du jeune homme. Elle est hospitalisée suite à une fracture du col du fémur et Gauvain a pour mission d’arroser les plantes et nourrir les chats de la maison. Ils sont trois, deux matous tranquilles et un chaton que la grand-tante a recueilli sur l’insistance d’une voisine. Amoureuse des chats, elle n’a pas su résister, oubliant devant les grâces du petit félin combien les jeunes chats sont turbulents et multiplient les bêtises. Elle n’a pas tardé à s’en souvenir de nouveau. Au matin de la première nuit que le chaton a passée au salon, elle a retrouvé sa corbeille à couture sans dessus dessous. Les deux aînés n’ont pas empêché le jeune impétueux de commettre des bêtises, les matous ayant selon l’expression d’autres chats à fouetter. La nuit, ils sortent par la petite trappe aménagée au bas de la porte d’entrée. Ils n’ont pas daigné amener avec eux le petit nouveau qui, ignorant encore le système d’ouverture de la trappe, est resté tout seul au salon à faire son bazar. La grand-tante l’a spontanément nommé Balthazar. 
« Fais attention à Balthazar » a-t-elle recommandé à Gauvain « il ne doit pas quitter le hangar. » Le jeune homme inspecte donc d'abord une à une les pièces de la maison pour voir si le chaton ne s’y serait pas introduit, puis s’en va au hangar remplir l’écuelle des chats et changer leur litière. Les matous somnolent quelque part mais Balthazar fait la fête aux visiteurs. Nelly, totalement séduite, le prend dans ses bras et ne se lasse pas de caresser la petite boule de poils ronronnante. « Il ne reste qu’à arroser les fleurs du jardin » annonce Gauvain « je te laisse avec ton petit copain. » Nelly trouve alors qu’il fait bien chaud sous le hangar. Elle décide de retourner dans la fraîcheur de la maison et s’installe, le chaton toujours dans les bras, sur le canapé du salon. Elle n’a pas en tête les recommandations de la grand-tante. Trop heureux qu’on l’emmène dans un endroit dont on lui refuse d’habitude l’accès, Balthazar s’échappe des mains câlines. Il gambade de tous côtés, poursuivi par Nelly qui rit des cocasses pirouettes que le bébé chat accomplit pour éviter d’être repris. Quand elle renonce à l’attraper et s’assied sur le canapé, ce fripon de Balthazar la rejoint, et se laisse aller à….
Le chaton n'est resté qu'un instant aux côtés de Nelly, mais un instant fatidique. Quand il repart à cabrioler dans le salon, elle découvre qu'il laisse une large tâche d’humidité sur le coussin en patchwork décorant le canapé. De l’urine ! Nelly panique d’abord en envisageant les conséquences de ce pipi de chat sur le magnifique coussin de la grand-tante. Puis elle s’accroche à l’idée qu’en changeant le rembourrage du coussin et en lavant sa housse, ni l’odeur ni la tâche d’urine ne seront perceptibles. Lorsqu’elle en parle à Gauvain, il s’écrie « Laver un patchwork ! Dis-moi que tu n’y penses pas. Il y a trop de risques que les motifs et les couleurs ressortent dégradés. Mais pourquoi as-tu permis à ce chat d’entrer dans le salon ? Ne m’as-tu pas vu fermer la porte devant lui quand il s’est précipité pour se faufiler dans la maison ? » Nelly baisse la tête, elle est autant fautive que Balthazar. Une autre idée lui fait relever les yeux « On pourrait demander à une patcheuse de coudre l'exacte réplique de la housse. » Gauvain soupire, il ne croit guère possible de trouver une patcheuse qui se prête à l’exercice. Il aide tout de même Nelly à publier une annonce de recherche.
La chance s'en mêle. Quelques jours plus tard, une certaine Johanna les contacte. Elle dit confectionner tout type de patchwork sur commande. Nelly et Gauvain s'empressent d'aller lui montrer la housse de coussin à fidèlement reproduire. La jeune femme qui les accueille est étonnamment mince pour le double-menton que dissimule à peine le col roulé de son pull. Peut-être le doit-elle, suppose Nelly, aux heures qu’elle passe penchée sur ses travaux de couture, et à voir tous les patchworks accrochés aux murs, elle y consacre beaucoup de temps. Devant la housse que lui déroule Nelly, elle ne cille pas une seconde « Je connais bien ce modèle, c’est un classique. J’en ai cousu plusieurs de la sorte. En combien de temps voulez-vous que je le réalise ? » « Sans vouloir vous presser, dans une semaine si c’est possible. » « C’est court comme délai, mais pour mille euros je le tiendrai. » « Combien !? » s’étrangle Gauvain. « Mille euros. Avec le travail minutieux et le délai que vous me demandez, ce prix n’a rien d’exorbitant. Considérez aussi que vous n’aurez pas à me fournir les pièces de tissus dans les couleurs adéquates. Je me les procurerai moi-même. »                                                    Prochain paragraphe de cet épisode la semaine prochaine