Transcription des sténogrammes après chaque passage sténographié.
Odile lève les yeux au plafond, une fois de plus Maurice frise la paranoïa. Moqueuse, elle déclare « Je vais la manger cette choucroute empoisonnée, ensuite tu m'accompagneras aux urgences, ça nous promènera. Bon appétit avec ton omelette. » En voyant Odile se régaler sans aucune crampe d’estomac, Maurice finit par délaisser son omelette pour goûter la choucroute. « Excellent ! Où ont-ils trouvé une telle choucroute ? » Il est plutôt vexé que des non alsaciens lui aient apporté une choucroute meilleure que celles préparées dans sa famille. Il ne la boude cependant pas, bien au contraire, et avec Odile il n’en laisse pas une seule trace dans le plat. L’estomac plein et le cœur content, Odile propose alors « Dimanche, je t’invite à manger chez moi pour te remercier de m’avoir donné l’occasion de déguster une aussi bonne choucroute. Tu pourras en plus ramener tout le pain rassis qui encombre ma panière et qui profitera à ta nichée de lapins. Ils auront de quoi user leurs dents pour plusieurs jours. » Maurice a prévu dimanche une virée de chasse avec des copains mais il annulera, il est si rare que sa voisine et pourtant amie veuille l’inviter chez elle.
Tout se passe bien entre eux le dimanche mais ni le lundi ni le mardi matin, Maurice n'ouvre sa porte à Odile quand elle apporte le journal. Aujourd’hui encore, elle sonne chez lui sans obtenir de réponse. En plus des journaux, elle a un nouveau sac de pain rassis à donner. Son gendre le lui a apporté ce matin. Il est serveur dans un restaurant et il a pensé dimanche à ramasser tous les croûtons traînant sur les tables. Il lui a déjà amené un premier sac samedi soir après avoir appris qu’elle allait donner son pain rassis pour les lapins du voisin. Maurice en a été ravi. Alors pourquoi ne vient-il pas ouvrir ? Ne voit-il pas à travers les stores de sa cuisine qu’elle tient un sac tout aussi intéressant que celui qu’il était heureux de recevoir dimanche ? Elle attend encore cinq minutes puis, voulant se débarrasser du sac, elle contourne la maison de Maurice jusqu’à l’enclos en accès libre où s’alignent les clapiers. Mais avant d’atteindre la réserve de nourriture des lapins, elle s’arrête net. Elle vient d’apercevoir tout à côté…un amoncellement de lapins morts. Odile comprend. Maurice pense que le pain rassis en provenance de chez elle est empoisonné, il ne veut plus la voir.
Odile est très affectée. Elle ne peut accepter que Maurice, suite à ce malheureux accident, coupe vingt ans et plus d’amitié. Elle doit absolument lui faire entendre qu'elle n'a pas voulu la mort des lapins, lui dire que dans le pain rassis qu'elle a rassemblé pour lui dimanche, une bonne moitié venait du restaurant où travaille son gendre. Car il est possible que ces croûtons aient traîné dans un coin insalubre et se soient imprégnés de substances toxiques, or elle était loin de l’imaginer au moment où elle les a mélangés à ses restes de pain personnel. Mais comment s’en expliquer à Maurice maintenant qu'il refuse de la voir ? Comment faire sortir cet ours de sa tanière ? Elle y réfléchit toute la journée. Le soir, elle chantonne en préparant sa petite idée.
Le lendemain matin, Maurice apparaît à la fenêtre de sa cuisine. Il a remarqué la choucroute posée sur le rebord. Odile n’aura pas perdu son temps à la cuisiner. C’est le moment pour elle de se montrer et d’aborder courtoisement son voisin sans se laisser démonter par les paroles acerbes qu’il peut lui asséner.
« Ha, tu tombes bien Odile. J'ai droit à une nouvelle choucroute, viens donc la partager avec moi. Si elle est aussi bonne que la première, on va se régaler. » Le ton jovial de Maurice décontenance Odile qui se préparait à défendre âprement sa cause pour l’histoire des lapins. « T’en fais une tête ! Tu boudes ? C’est de ne pas m’avoir vu ces deux derniers jours qui te contrarie ? J’étais chez un copain pour aller chasser, on a bien battu la campagne avec les autres copains qui nous ont rejoints. Mais entre donc, on va se la manger tout de suite cette choucroute. » « Heu…Pour tes lapins…Je suis désolée. » Odile a parlé trop bas, Maurice n’y prête pas attention. Occupé à disposer les couverts avec entrain, il poursuit « Sont quand même sympas mes jeunes voisins de m’apporter des choucroutes, ça compense largement les bêtises de leurs marmots. » Il ne dit toujours rien de ses lapins. Sans doute n’est-il pas allé les voir depuis son retour. Misant sur l’effet lénifiant d’un bon repas, Odile le laisse déguster l’assiettée de choucroute qu’il s’est copieusement servi. Il encaissera mieux ensuite le choc quand elle lui parlera de la mort des lapins. Suite à l'épisode trois



