Transcription des sténogrammes après chaque passage sténographié.
Le samedi suivant au soir, une assemblée de villageoises se recueillent autour de la fontaine du vieux manoir, à l'écoute du prêtre de la paroisse. Des bougies ont été disposées sur la margelle de la fontaine et leurs flammes suivent le souffle d’un vent léger. Les lueurs changeantes qu’elles projettent sur les visages semblent manifester les âmes célestes que le prêtre invoque pour venir aider Marcellin à s’élever dans des sphères supérieures. Son corps n’ayant pu être retrouvé dans les cendres de sa maison, aucun enterrement n’a eu lieu et Jean-Louis assimile cette cérémonie à celle d’un enterrement. Il a ressenti le besoin d’y assister pour mieux rendre hommage à son ami disparu. Alors qu’il se plie au rituel des prières initiées par le prêtre, il remarque une ombre qui se déplace entre les ruines environnant la fontaine. Soudain il aperçoit une main tenant un souffleur de feuilles mortes. Sur la margelle, les bougies s’éteignent simultanément « Ho Marcellin » s’écrie le prêtre « ne refuse pas la main tendue des esprits bienveillants que nous appelons vers toi. » Un cri terrifiant fuse alors de l’obscurité, le même qui a fait fuir Jean-Louis quelques jours plus tôt.
L’assemblée des villageoises est en panique, pas une ne résiste à ce cri. Il ne reste bientôt près de la fontaine que le prêtre et Jean-Louis. Le cri ne l'a nullement impressionné cette fois-ci, il en rit. « Nous avons la visite d’un démon farceur » lance-t-il au religieux en prière. « Bougez pas, je vais vous l’attraper. » Quelques minutes lui suffisent pour ramener un jeune homme boitillant. En voulant échapper à Jean-Louis, il s’est tordu une cheville dans les gravats du manoir délabré. « Je vous le confie monsieur le curé. Il a certainement à vous confesser d’avoir effrayé ici plus d’une brave paroissienne en jouant au fantôme. » Le prêtre reconnaît le jeune homme. Il faisait partie il y a peu des petits chanteurs de la chorale qui anime ses messes. Le père d’église fronce les sourcils mais ne profère aucune parole moralisatrice. Très étonné, Jean-Louis le voit même baisser les yeux et se détourner du chenapan qui, de son côté, s’éloigne avec un air de défi. Puis, sans un mot d’explication, le prêtre s’en va à son tour. Jean-Louis se retrouve ainsi seul près de la fontaine et d’Émilie que personne n’a de nouveau déplacée. Il décide de ramener la brouette chez lui. A suivre prochainement dans de nouveaux paragraphes.

