La brouette de Marcellin - épisode 3

  Transcription des sténogrammes après chaque passage sténographié.

Yvette est horrifiée en voyant revenir son mari avec dans les mains la brouette de Marcellin. Son pantalon déchiré et ses avant-bras sanguinolents, profondément égratignés par les ronces, l’impressionnent tout autant. « Mon Dieu, avec quel diable t’es-tu battu ? Mais lâche donc cette brouette, c’est une malédiction ! » « Ne t’affole pas, Marcellin n’est pas encore un fantôme. Tu verras qu’il reviendra bientôt chercher ici son Émilie. » « C’est insensé, Marcellin est mort dans l’incendie de sa maison. » « Pas plus insensé que de croire que son fantôme va venir nous hanter. » « De toute façon, je ne veux pas de cette brouette chez nous et je te prie de nous en débarrasser à la déchetterie. » « Pas question. » Les deux se fâchent, la brouette reste et Yvette quitte le soir même le domicile conjugal. Le lendemain au soir, elle n’est toujours pas revenue. Jean-Louis téléphone à sa fille Claudie, certain qu’Yvette est avec elle. « Non, maman n’est pas ici. Avait-elle prévu de venir ? » « Disons que je la croyais chez toi. Désolé de t’avoir dérangée.» « Tu sembles inquiet. Y a un problème ? » « Rien de méchant, une petite brouille entre nous. Elle ne doit pas être loin. »
Jean-Louis n'est pas aussi serein qu'il veut le montrer. Il passe la soirée à se demander où Yvette a bien pu passer. Le jour suivant, il la cherche encore et ne sait que dire à Claudie qui le soir lui demande des nouvelles. Un appel de l’hôpital central de la ville met dramatiquement fin à leurs interrogations. « Votre épouse est hospitalisée dans nos services. Une voiture l’a renversée. Elle est sortie du comas et a pu nous communiquer son identité. Pouvez-vous venir remplir les formalités pour la suite de son hospitalisation ? » Jean-Louis est si bouleversé que dès son arrivée au chevet d’Yvette, il lui promet d’amener comme elle le souhaite la brouette de Marcellin à la déchetterie. Mais quelqu’un s'en charge avant lui. Quand Jean-Louis visionne l’enregistrement de la caméra de surveillance, il est bien déçu. Ce n’est pas Marcellin qui apparaît, mais la silhouette boitillant d’un jeune homme. Encore ce chenapan qui s’amuse à épouvanter les visiteurs du vieux manoir. Compterait-il, avec la brouette de Marcellin, entretenir encore plus la rumeur que les ruines de ce manoir sont hantées par de redoutables fantômes ? Jean-Louis le pense et veut punir l’effronté. 
Comme il l'aurait parié, Jean-Louis retrouve la brouette à la fontaine du vieux manoir. Son voleur ne doit pas être loin, dissimulé dans quelque recoin en attente d'un visiteur à épouvanter. Jean-Louis ne tarde pas à le débusquer dans un souterrain, en train de scroller sur son smartphone. Le jeune homme se croyait certainement introuvable mais Jean-Louis a trafiqué bien avant lui dans les ruines du manoir, il en connaît tous les recoins. Enfant, il venait souvent y jouer à cache-cache avec des copains tout aussi excités que lui de relever le défi de se confronter aux fantômes contre lesquels on les mettait en garde. Aujourd’hui, il en tient un, un faux bien sûr, comme ceux qui, du temps de son enfance, faisaient trembler les peureux du village. Il l’attrape sans peine dans ce souterrain qui se termine en cul-de-sac. « Tu vas devoir venir faire des travaux de jardinage chez moi pour t’excuser de m’avoir dérobé la brouette de Marcellin sinon… » « C’est la mienne désormais. » déclare le jeune homme avec aplomb « J’ai rencontré ici une gitane qui me l’a affirmé. Elle m’a poussé à prendre la brouette devant chez vous en me disant qu’elle me porterait chance. »
Jean-Louis trouve fort culotté de s'octroyer un objet sous le prétexte qu'une gitane vous a révélé en être le propriétaire. Il veut bien concéder au jeune homme d'avoir rencontré la gitane que lui-même a vu au vieux manoir quelques jours plus tôt. Mais lui n’a pas cru cette bohémienne quand elle lui a révélé que son vieux copain Marcellin était le père biologique d’un fils de notaire. En y repensant, Jean-Louis se met à regarder plus attentivement le jeune homme. Tout d’un coup il réalise… Ce jeune homme a bel et bien des airs de Marcellin, surtout lorsqu’il s’installe comme en ce moment dans la brouette en position de lotus. Marcellin s’asseyait aussi de cette façon dans son Émilie pour la prier de lui attirer la chance. Jean-Louis laisse le jeune homme méditer en silence devant la fontaine. Il ne le chassera pas de la brouette pour la lui reprendre. Mais pour s’en expliquer, jamais il ne parlera des révélations de la gitane. Fin